» Équilibre fragile »

« La sculpture est faite et pour les aveugles et pour ceux qui voient; la peinture ne s’adresse qu’aux yeux.(…)La sculpture suppose un enthousiasme plus opiniâtre et plus profond, plus de verve forte et tranquille en apparence, plus de ce feu couvert et caché qui bout au-dedans;c’est une muse violente, mais silencieuse et secrète. »

La grande Amoureuse de Verlaine

 

 


 

 

 Oui, tu fus comme une héroïne,

Et maintenant tu vis, statue

Toujours belle sur la ruine

D’un espoir qui se perpétue

En dépit du Sort évident,

Mais tu persistes cependant!

 

                                                                 « Tu fus une grande amoureuse » Paul Verlaine.

 

L’Art de la femme à lunettes….

L’art

Oui, l’œuvre sort plus belle
D’une forme au travail
Rebelle,
Vers, marbre, onyx, émail.

Point de contraintes fausses !
Mais que pour marcher droit
Tu chausses,
Muse, un cothurne étroit.

Fi du rythme commode,
Comme un soulier trop grand,
Du mode
Que tout pied quitte et prend !

Statuaire, repousse
L’argile que pétrit
Le pouce,
Quand flotte ailleurs l’esprit ;

Lutte avec le carrare,
Avec le paros dur
Et rare,
Gardiens du contour pur ;

Emprunte à Syracuse
Son bronze où fermement
S’accuse
Le trait fier et charmant ;

D’une main délicate
Poursuis dans un filon
D’agate
Le profil d’Apollon.

Peintre, fuis l’aquarelle,
Et fixe la couleur
Trop frêle
Au four de l’émailleur.

Fais les sirènes bleues,
Tordant de cent façons
Leurs queues,
Les monstres des blasons ;

Dans son nimbe trilobe
La Vierge et son Jésus,
Le globe
Avec la croix dessus.

Tout passe. – L’art robuste
Seul a l’éternité.
Le buste
Survit à la cité.

Et la médaille austère
Que trouve un laboureur
Sous terre
Révèle un empereur.

Les dieux eux-mêmes meurent
Mais les vers souverains
Demeurent
Plus forts que les airains.

Sculpte, lime, cisèle ;
Que ton rêve flottant
Se scelle
Dans le bloc résistant !

Théophile Gautier

CORPS DE FEMME

La fille d’Eros ….Val

 
La fille d'Eros....Val

corps de femme, blanches collines, cuisses blanches,

tu ressembles au monde dans ton attitude d’abandon.
Mon corps de laboureur sauvage te creuse
et fait jaillir le fils du fond de la terre.

Je fus seul comme un tunnel. Les oiseaux me fuyaient,
et en moi la nuit pénétrait de son invasion puissante.
Pour me survivre, je t’ai forgé comme une arme,
comme une flèche à mon arc, comme une pierre à ma fronde.

Mais l’heure de la vengeance tombe à pic, et je t’aime.
Corps de peau, de mousse, de lait avide et ferme.
Ah les vases de la poitrine ! Ah les yeux de l’absence !
Ah les roses du pubis ! Ah ta voix lente et triste !

PABLO NERUDA

Pour le plaisir 

en Echo avec  Babel

SUR UN AIR DE VIOLON








DOUCEMENT SUR UN AIR DE VIOLON




Harmonie du soir
 


Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s’évapore ainsi qu’un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu’on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s’est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

Charles Baudelaire

 

Découvrez la playlist val 1 avec Saint-Preux